Un acte barbare, une Bonnaire troublante…
Mise au monde artistiquement par Pialat (Je suis née deux fois), grâce à qui elle remporta le César de meilleur espoir féminin à 15 ans pour À nos amours, Sandrine Bonnaire est depuis quarante ans une figure reconnue du cinéma français, à la fois franche et pudique. Au théâtre, elle se fait plus rare.
Son “Pialat” des planches, c’est Bernard Sobel qui la dirigea dans une pièce de Brecht en 1990, La bonne âme du Se-Tchouan. En 2015, elle joua une comédienne réprouvée, contrainte à faire des ménages, dans L’Odeur des planches. Un texte qui résonnait fort pour elle, fille de parents modestes, éloignés du milieu de l’art.
Aujourd’hui, sur une mise en scène de Jacques Osinski, un spécialiste de Samuel Becket, on la retrouve dans L’Amante anglaise, une pièce créée par Marguerite Duras et tirée de son roman paru en 1967, classique de l’avant-garde féministe.
Ingénue, puérile, figée sur sa chaise, elle n’explique pas son acte.
Au départ, en 1949, il y a le crime d’Amélie Rabilloud à Savigny-sur-Orge, qui découpe son mari en morceaux. L’écrivaine en déplace alors la trame, faisant de Marie-Thérèse, sourde et muette, la victime de sa cousine, Claire Lannes.
Dans l’imaginaire de Duras, Claire Lannes dépèce aussi le corps et le disperse dans des trains passant sous un pont près de chez elle. On retrouve alors un peu partout en France les restes du cadavre, mais jamais la tête. La meurtrière (Sandrine Bonnaire) avoue son crime tout de suite. Ingénue, puérile, figée sur sa chaise, elle n’explique pas son acte. Elle en cherche le motif avec son interrogateur (Frédéric Leidgens), installé dans le public et dont les questions vont peu à peu révéler ce personnage très complexe, forcément durassien.
Une folle ? Pas tout à fait, plutôt une femme, peu instruite, trompée et contrainte par son mari (Grégoire Oestermann en “mal” alpha) à une morne vie domestique, que la comédienne fait revivre avec une sobriété éclatante. L’interrogateur, agacé, ne réveillera pas tous ses silences. Claire Lannes s’échappera à nouveau dans ses secrets. Mais pour une fois, elle aura été entendue. Au moins par Duras : « Elle a commis un crime et ne donne aucune raison. Alors, je cherche pour elle. » 
Pièce de Marguerite Duras, L’Amante anglaise est mise en scène par Jacques Osinski. Avec Sandrine Bonnaire, Frédéric Leidgens et David Migeot.
DANS L’AGENDA
Mardi 2 décembre 2025
Les Quinconces (Le Mans)
L’AMANTE ANGLAISE (Marguerite Duras), Jacques Osinski, 20h, 17 à 36 euros.
Mercredi 3 décembre 2025
Cinéma Pathé (Le Mans)
CARTE BLANCHE À SANDRINE BONNAIRE, projection du film La Cérémonie de Claude Chabrol suivie d’une rencontre avec l’actrice, 13h45, 6 et 8 euros.
Les Quinconces (Le Mans)
L’AMANTE ANGLAISE (Marguerite Duras), Jacques Osinski, 19h, 17 à 36 euros.
Jeudi 4 décembre 2025
Les Quinconces (Le Mans)
L’AMANTE ANGLAISE (Marguerite Duras), Jacques Osinski, 20h, 17 à 36 euros.
Retrouvez ce sujet dans le numéro 32 de
(novembre-décembre 2025)

